
C’est dans un ton virulent, loin du langage diplomatique habituel, que le président de la Fédération sénégalaise de football (FSF) s’est exprimé samedi 24 janvier 2026 à Bambey, sa commune de naissance, lors d’une cérémonie organisée pour célébrer la victoire du Sénégal à la CAN 2025. Abdoulaye Fall a profité de l’événement pour revenir sur les difficultés rencontrées par la délégation sénégalaise au Maroc, pays hôte de cette Coupe d’Afrique des nations. Il a mis directement en cause l’organisation de la finale et l’influence de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF).
Dans un discours sans concession, tenu en wolof et relayé par Seneweb, Abdoulaye Fall a dénoncé ce qu’il estime être une mainmise marocaine sur les instances continentales. « Le Maroc tient la CAF, il faut se le dire. Ils tiennent tout en main et décident de tout », a-t-il déclaré.
Selon le président de la FSF, les tensions ont débuté bien avant la finale, dès la phase de qualification. Il évoque une succession de décisions logistiques perçues comme des tentatives de déstabilisation des Lions de la Teranga. Le premier point de crispation concerne l’hébergement à Rabat, communiqué tardivement à la délégation sénégalaise.
« Avant même la qualification, avant même de partir à Rabat, j’ai demandé à Ablaye (ndlr : Abdoulaye Sow, secrétaire général de la FSF) d’aller faire une reconnaissance. On leur a demandé dans quel hôtel nous allions être logés : ils ont refusé de nous répondre. Ce n’est qu’après notre qualification, au moment de préparer le voyage, que nous l’avons appris. Ablaye m’a alors dit : « Président, il est hors de question que nous soyons logés dans cet hôtel ». L’hôtel était situé en plein centre-ville, avec beaucoup de bruit. Une équipe du niveau du Sénégal ne pouvait pas loger dans ces conditions », a-t-il confié.
Abdoulaye Fall est ensuite revenu sur la polémique liée au choix du site d’entraînement avant la finale. Depuis le début du tournoi, les adversaires du Maroc s’entraînaient sur l’un des terrains du complexe Mohammed VI, centre ultra-moderne de la sélection marocaine. Une option que le Sénégal a catégoriquement refusée, demandant à s’entraîner au stade annexe Moulay Abdellah.
« Ils voulaient nous obliger à nous entraîner dans leur camp de base, le complexe Mohammed VI. Quand Ablaye m’en a informé, je lui ai dit clairement : « on n’y va pas ». Le complexe est certes ultra-moderne — il n’y a pas un camp plus moderne que celui-là. Même chez nous au Sénégal, on n’a pas ce niveau d’infrastructures. Mais si tu t’entraînes là-bas, tu es totalement à découvert : ton équipe est exposée. N’importe quel détail, ils le sauront. Ensuite, vous avez vu l’arrivée de l’équipe à Rabat : zéro encadrement, aucune sécurité. Ablaye m’a alors demandé d’aller voir le président de la CAF et le secrétaire général. Ce n’est pas dans mes habitudes de courir derrière les gens, mais j’y suis allé. Sur place, j’ai trouvé Faouzi Lekjaa et le secrétaire général de la CAF, puis ensuite le président de la CAF est arrivé. J’ai discuté avec Faouzi, qui me répétait sans cesse : « c’est la CAF ». Quand je suis allé parler au secrétaire général, lui me disait : « le Maroc a fait ceci, le Maroc a fait cela ». À ce moment-là, j’ai compris qu’on me menait en bateau. Je suis reparti et j’ai dit à Ablaye : « on va publier un communiqué » », révèle le président de la FSF.
Après avoir publié ce communiqué, la Fédération sénégalaise de football avait aussi annoncé l’organisation d’un point de presse exceptionnel la veille de la finale, qui avait finalement été annulé. Abdoulaye Fall explique ce revirement par une intervention directe de Faouzi Lekjaa, le président de la Fédération Royale Marocaine de Football.
« À 1h30 du matin, Faouzi Lekjaa m’a appelé : « Président, qu’est-ce qui se passe ? » Je lui ai répondu : « Président, ceci est une mesure conservatoire. Demain, on fera un point de presse. On ne jouera jamais dans ces conditions. » Il m’a alors dit : « Président, laisse la CAF de côté. Demain, viens me voir et je ferai ce que tu veux. » Il m’a convoqué dans son cabinet au ministère des Finances — Fadiga peut en témoigner. Quand je suis arrivé, je lui ai dit clairement : « les conditions de sécurité de l’équipe nationale du Sénégal sont inacceptables. Il y a des choses qu’on ne peut pas accepter. » Immédiatement, le dispositif de sécurité a été renforcé. Des checkpoints ont été installés, même à plusieurs kilomètres de l’hôtel. Je lui ai aussi dit : « on ne s’entraîne pas au complexe Mohammed VI. » Il m’a répondu de choisir le terrain que nous voulions. J’ai demandé le centre annexe de Moulay Abdellah. Il a donné les instructions, et un communiqué officiel nous l’a confirmé. Ensuite, je lui ai expliqué qu’on ne nous avait donné que trois tickets pour toute la délégation sénégalaise, sans possibilité d’en acheter d’autres pour une équipe finaliste. Tout avait été pris par le Maroc. Il m’a alors dit : « faites une liste : certains iront en loge VIP, les autres en loge royale. » », a-t-il fait savoir.
Abdoulaye Fall a également abordé la question de l’arbitrage de la finale. Il souligne que c’est le seul terrain sur lequel le Sénégal n’a pas obtenu gain de cause, tout en établissant un lien direct entre la CAF et l’influence marocaine dans la gestion de ce dossier sensible.
« Le seul point sur lequel nous sommes restés impuissants, c’est l’arbitrage. Deux jours avant la finale, nous devions connaître l’arbitre, car cela doit être annoncé en commission technique. Quand nous avons posé la question, on nous a répondu qu’ils n’en savaient rien. Le règlement prévoit pourtant un délai minimum pour pouvoir récuser un arbitre. Or, nous n’avons eu l’information que la veille de la finale à 22h. Quand Ablaye les a appelés, ils ont avancé des excuses du type : « On voulait protéger l’arbitre pour éviter la pression. » Mais en réalité, nous savons très bien que c’était pour empêcher toute réquisition possible. Pendant la finale, nous avions déjà préparé une lettre de protestation et de récusation. Durant le match, nous avons envoyé la lettre à la CAF, alors que nous étions encore au stade. Jamais un pays ne s’était autant opposé au Maroc. Il faut se le dire : ils tiennent tout en main et décident de tout. Parce que ce sont eux qui ont la vice-présidence de la CAF, ils ont les moyens, et beaucoup de pays n’osent pas aller contre leur volonté. Personne n’ose prendre position contre eux », a-t-il déploré.
Des déclarations particulièrement virulentes, qui devraient prolonger les polémiques autour de cette CAN 2025 mais aussi refroidir durablement les relations entre le Sénégal et le Maroc.
Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com
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