CONAKRY- Face aux récents changements de calendrier imposés par la Confédération Africaine de Football (CAF), la Guinée réajuste ses ambitions d’organiser la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Dans cet entretien accordé à Africaguinee.com, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Kéamou Bogola Haba, lève le voile sur la stratégie du pays pour l’organisation d’une future Coupe d’Afrique des Nations.
Constatant l’impossibilité d’être prêt pour l’échéance de 2028, le ministre annonce que la Guinée lorgne désormais officiellement sur la CAN 2032. Des chantiers du méga-stade de Kansonya à la modernisation des hôpitaux régionaux, en passant par le désenclavement aérien et le renforcement de l’équipe nationale via les académies, Bogola Haba détaille la feuille de route d’un pays qui veut transformer son retard en un saut qualitatif. Entretien !!!
AFRICAGUINEE.COM : La CAF a modifié la périodicité de la CAN à partir de 2028. Quelles conséquences cette décision a-t-elle sur la candidature de la Guinée ?
KEAMOU BOGOLA HABA : Effectivement, nous avions fait acte de candidature. L’intention de candidature portait sur 2029-2031, conformément à la fiche qui nous était parvenue. Mais il y a eu des changements importants au niveau de la CAF, qui ramènent la CAN senior à une périodicité de quatre ans. Ce qui fait que l’édition de 2029 est ramenée à 2028. Pour être honnête, nous ne pouvons pas être prêts. Nous ne pouvons donc pas faire acte de candidature pour 2028. Maintenant, comme 2031 n’existe plus, nous pensons qu’il faut faire acte de candidature pour 2032 ou 2036.
Pourquoi ?
Parce que sur les huit stades que nous avons prévus pour abriter l’événement, nous aurons déjà, en 2026, deux stades disponibles, comme vous venez de le constater : le stade du 28-Septembre et le stade de Nongo. Or, il faut au minimum deux stades de plus de 40 000 places. Le stade de Nongo étant déjà un stade de plus de 50 000 places. Nous avons donc lancé le projet d’un deuxième stade de 60 000 places, le stade de Kansonya, situé entre Wonkifong et Coyah, sur un espace de 78 hectares.
Si tout se passe bien, dans les jours et mois à venir, nous vous inviterons à visiter le site. En collaboration avec les autorités, nous avons déjà réalisé une route d’accès de 14 kilomètres, qui est achevée. Dans les prochains jours, les études d’impact environnemental vont démarrer et le nettoyage du site va se poursuivre. Nous allons également entamer les premiers travaux, notamment la clôture. Les engagements sont déjà pris avec nos partenaires.
Vous serez invités à visiter ce site, qui accueillera le plus grand stade du pays et qui pourrait abriter la finale. Nous pensons que ce stade sera disponible en 2028. Cela signifie qu’en 2028, nous aurons résolu la question des deux grands stades de plus de 40 000 places, avec en plus le stade du 28-Septembre déjà opérationnel.

Mais ces deux éléments suffisent-ils pour organiser une CAN, monsieur le ministre ?
Parallèlement, les cinq autres stades de 15 000 à 20 000 places, prévus à Nzérékoré, Kankan, Labé, Boké et Kindia, seront également disponibles, car l’investissement requis est moins important. Ces projets sont déjà intégrés dans le cadre de Simandou 2040, et tout pourra être livré au plus tard en 2028. Nous pensons donc qu’à cette date, les huit stades seront prêts.
Et qu’en est-il des autres infrastructures, notamment sanitaires, de transport et routières ?
Parallèlement à cela, le plateau sanitaire sera également renforcé. Il était prévu, en plus des hôpitaux de Conakry, de disposer d’hôpitaux régionaux. Vous êtes témoins de cette dynamique. Deux hôpitaux, à Kankan et Kindia, seront bientôt opérationnels.
Le ministre de la Santé a lancé, en décembre, les hôpitaux régionaux de N’zérékoré et de Labé. Cela signifie que sur le plan sanitaire aussi, nous serons prêts. Ces travaux sont réalisés en partenariat avec la coopération française, et le ministre des Finances a débloqué les financements. Les travaux ont commencé. À cela s’ajoutent les centres de diagnostic mis en place par la Caisse nationale de sécurité sociale dans le cadre de l’initiative présidentielle. Kankan dispose déjà d’un centre très avancé, Nzérékoré également, et Labé suivra.

Sur le plan sanitaire, nous serons donc plus ou moins prêts dès 2028, avec une accélération notable des travaux. L’autre exigence concerne les aéroports régionaux, car lorsqu’il y a des matchs dans ces villes, il faut évidemment pouvoir s’y rendre par avion. Les joueurs ne pourront pas effectuer plus de 200 kilomètres par bus. Aujourd’hui, les travaux menés avec le ministère des Transports sur les quatre aéroports régionaux avancent. Les aéroports de Kankan et de Labé devraient déjà être livrés cette année. L’aéroport international de Conakry est en pleine phase d’extension. Les aéroports de Nzérékoré et de Boké pourraient également être achevés d’ici là.
Sur le plan du plateau aéroportuaire, il restera certes la question de la compagnie aérienne nationale. Mais même si la Guinée n’en dispose pas, des opérateurs privés pourront intervenir dès lors que les infrastructures sont en place. À ce niveau également, nous pensons être prêts pour accueillir un tel événement. S’agissant de l’Internet, les investissements se poursuivent, notamment avec le déploiement de la fibre optique.
Concernant les infrastructures routières urbaines, vous avez vu que le Président a lancé, en décembre dernier, de vastes projets d’urbanisme et de voirie dans les grandes villes. À Nzérékoré, qui disposait d’une vingtaine de kilomètres de voirie urbaine, le Président en a ajouté 50 kilomètres. Nous attendons à ce que les grandes villes comme Nzérékoré, Kankan, Labé, Kindia et Boké soient entièrement desservies.
Ces projets ont été lancés en décembre par le ministre des Infrastructures, pour ceux qui ont suivi. Ces villes seront donc plus ou moins entièrement aménagées. Avec l’interconnexion existante et l’augmentation de la production énergétique, notamment grâce aux barrages en cours et au solaire, nous pensons que la question de l’énergie sera totalement résolue.
Ainsi, si le pays demeure stable et concentré sur les efforts économiques engagés, nous pourrons être plus ou moins prêts dès 2028. Toutefois, postuler pour cette date comporterait un certain risque. C’est pourquoi, compte tenu des nombreuses priorités nationales, nous avons opté pour 2032, afin d’avoir une marge de sécurité.

Cela dit, à partir de 2028, si la planification actuelle se poursuit, nous disposerons de l’essentiel pour organiser une Coupe d’Afrique des Nations en tant que pays organisateur unique, avec en plus une préparation culturelle déjà très avancée.
Vous avez vu le travail du ministère de la Culture, notamment avec le Circus Baobab et la mobilisation des artistes. L’hôtellerie progresse également à grands pas. Un autre aspect important, que nous devons souligner, est la capacité d’accueil du pays. À Conakry, nous disposons déjà d’hôtels et de résidences capables d’accueillir des visiteurs. Si nous reproduisons ce modèle dans les autres villes, avec les cités fonctionnelles en cours de réalisation, nous pourrons disposer de la capacité hôtelière nécessaire dans toutes les villes hôtes.
Voilà l’ensemble des éléments qui nous donnent l’assurance que la Guinée peut être candidate en 2032, sans risque majeur, à condition bien sûr que l’événement soit économiquement rentable pour la CAF. Celle-ci tient en effet à ce que les stades soient remplis lors de l’ensemble des rencontres. S’il y a 52 matchs, l’objectif est que les stades soient pleins, notamment en raison des enjeux liés aux sponsors. En dehors de ces considérations, la Guinée pourra être prête.
Mais avec quelle équipe la Guinée pourrait-elle participer et viser une place honorable en tant que pays hôte ?

Sur le plan de la préparation des équipes, l’ensemble des réformes que nous avons commencé à mettre en place va progressivement produire ses fruits, afin de disposer d’une équipe digne de notre pays. Aujourd’hui, lorsque l’on prend l’exemple de pays comme le Sénégal, qui a remporté la Coupe d’Afrique des Nations, on constate que leurs générations de joueurs évoluent majoritairement dans de grands clubs européens. De notre côté, nous n’avons encore que quelques joueurs présents dans certains championnats.
Il y a donc un travail de fond à mener, notamment avec les académies et la Fédération guinéenne de football. Dès le mois de février, nous allons relancer les compétitions au niveau des ligues. La Ligue 1 poursuit déjà son parcours, la Ligue 2 sera lancée, et nous allons également organiser des compétitions nationales au niveau des sous-préfectures et des préfectures. Tout cela permettra une meilleure détection des talents.
Avec le soutien des médias, nous comptons faire du championnat de Guinée non seulement un championnat de détection, mais aussi un championnat de rétention, où les clubs auront les moyens de conserver leurs joueurs et de faire du marché local un marché porteur. Cela suppose toutefois que le public remplisse les stades, que nous disposions des droits télévisés, d’un véritable marketing sportif, et que les supporters acceptent de payer leurs billets et de se rendre massivement dans les enceintes sportives.

À partir de là, nous pensons que le problème de l’équipe nationale pourra être progressivement résolu. Dans les grandes équipes, vous avez des gardiens de haut niveau, comme Mendy, mais aussi un banc de touche bien fourni, avec des défenseurs et des joueurs capables d’évoluer au même niveau que les titulaires.
Aujourd’hui, notre banc est encore faible. Sur les onze joueurs alignés, c’est pratiquement le même effectif qui est utilisé à chaque match. Il reste donc beaucoup de travail à faire.
À chaque poste, nous devons disposer de joueurs capables de soutenir la compétition. Cela exige un travail en profondeur. C’est précisément ce que nous avons engagé. Nous pensons que le développement du sport scolaire et universitaire, celui des académies, ainsi que la formation des entraîneurs — avec des licences D, C et A — et leur déploiement sur l’ensemble du territoire, nous permettront de bâtir une équipe compétitive. L’objectif est d’arriver à une sélection nationale capable d’être à la hauteur de l’organisation de la CAN 2032, que nous considérons comme l’échéance la plus réaliste.
A suivre!
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 22 janvier 2026 12:30
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