« La taille compte beaucoup en basket. » Cette phrase d’Alpha Aguibou Diallo, 2m08, prend tout son sens quand on découvre son parcours.
Né à Labé, le jeune homme s’est d’abord construit en Côte d’Ivoire et en Grèce, gravissant les échelons jusqu’à jouer pour l’équipe nationale grecque et participer à des compétitions internationales. Mais, sa passion dépasse largement les terrains. Depuis 2016, il mène une action humanitaire remarquable, offrant chaque année des milliers d’équipements sportifs à la jeunesse guinéenne.
Dans cet entretien exclusif, ce colosse au grand cœur nous raconte son histoire, sa carrière et sa vision pour le développement du basket-ball en Guinée.
Guineenews : Alpha Aguibou Diallo, bonjour !
On a appris que vous êtes né à Labé !
Aguibou Diallo : Oui, je suis né ici, au quartier Mosquée, et je connais bien la ville. Je connais Mairie, Daka, Tata, Konkola, Dow-Sare… Je connais toute la ville, même si je l’ai quittée très jeune. Pour ce qui est du basket, c’est en Côte d’Ivoire que j’ai commencé, donc loin de Labé. Ma carrière, à proprement parler, s’est ensuite développée en Grèce.
Guinéenews : Comment avez-vous embrassé le basket ?
Aguibou Diallo : Vous savez, la taille compte beaucoup en basket. Vu ma taille, c’était la discipline sportive la plus appropriée. Cela m’a d’abord motivé, car j’aimais déjà le sport. C’est ainsi que je me suis lancé et que je me suis donné à fond. Au début, je n’avais pas de soutien, parce que ma famille ne connaissait pas le basket-ball. Néanmoins, beaucoup de personnes m’ont encouragé et je profite de cette occasion pour remercier mon oncle paternel qui est à Kankan et qui s’appelle El Hadj Saliou Paramount. Il m’a vraiment soutenu et fut l’un des rares membres de ma famille à estimer qu’avec un peu de courage, je pourrais laisser des traces dans ce sport. Il m’a beaucoup aidé et je me suis beaucoup battu pour finalement suivre mon chemin.
Guineenews : Parlez-nous de votre carrière professionnelle, de la Côte d’Ivoire à la Grèce. Vous avez certainement pris part à beaucoup de compétitions ?
Aguibou Diallo : En Côte d’Ivoire, je n’ai pas beaucoup joué. En réalité, ma carrière professionnelle a débuté en Grèce, où j’ai même joué pour l’équipe nationale des moins de 18 ans et des moins de 20 ans. J’ai pris part au championnat d’Europe. En 2010, j’ai joué avec l’Olympia Larissa, puis le Panathinaïkos et Ikaros. En 2010, nous avons joué les quarts de finale de la coupe d’Europe des nations des U18, avec la Grèce. En 2011, j’ai participé à la coupe d’Europe des nations des U21 avec la Grèce, en Lituanie. En 2012, je me suis engagé avec le Panerythraikos, puis de 2012 à 2013 avec Héraklion. En 2013-2014, j’étais avec Filathlitikos, puis en 2014-2015, avec Pagrati. Ensuite, en 2015, je me suis engagé avec Xuventude, en 2017 avec Kavala.
Toujours en 2017, j’ai participé à l’AfroBasket en Tunisie, avec la Guinée. C’était notre première participation à cette compétition. En 2023, j’ai participé aux qualifications pour la Coupe du monde avec la Guinée. En 2023, j’ai également participé au tournoi qualificatif avec la Guinée pour les JO de Paris.
Pour ce qui est de ma carrière en club, de 2017 à 2019, j’ai été avec le Psychiko et depuis 2019, je suis avec Pagrati.
Guineenews : C’est une brillante carrière. On apprend également que vous organisez chaque année des compétitions de basket-ball en Guinée, et même ici à Labé. D’où est partie cette idée ?
Aguibou Diallo : C’est très simple. J’ai eu une très grande chance en Europe en jouant dans de grands clubs et pour l’équipe nationale de la Grèce. Comme vous le savez, en jouant pour une équipe nationale européenne, on a souvent un sponsor personnel qui fournit vêtements et chaussures. En plus, j’ai des amis qui jouent même en NBA et qui sont de très grandes pointures du basket.
Avec toutes ces opportunités, je me suis dit : pourquoi ne pas en profiter, pour aider mon pays ? À chaque voyage en Guinée, je distribuais toujours mes affaires, avant de rentrer. Ça m’a inspiré et je me suis dit que je pouvais faire bien plus. J’ai donc contacté mes amis qui ont adhéré à l’idée et ont promis de m’accompagner. J’ai commencé en 2016 avec 15 paires de chaussures, c’est-à -dire deux sacs, des valises et des maillots. Aujourd’hui, je ramène un conteneur entier d’équipements, pas seulement pour le basket, mais aussi pour d’autres disciplines, comme le football.
Guineenews : On voit que le volume d’équipements a augmenté d’année en année. Dites-nous comment vous faites pour la distribution de tout ce matériel ?
Aguibou Diallo : En 2020, avec la contribution du Panathinaïkos à Conakry, j’ai fait un don de 50 paires de chaussures. De là , est née l’idée de créer un camp de basket. L’année suivante, en 2021, j’ai également réussi le même exploit. En 2022, en plus des dons, nous avons organisé un tournoi de cinq jours à Labé, avec des équipes de quatre villes de Guinée. Nous avons donné des équipements à toutes les équipes participantes et nous avons pris en charge la nourriture, le logement et le transport. C’était en présence d’Abdoulaye Diawara, un coach en France.
En 2023, nous avons élargi le tournoi à six villes de Guinée, toujours sur cinq jours de compétition, ici à Labé, avec des équipements et toute la logistique nécessaire, pour toutes les équipes, grâce au soutien de l’actuel président de la FGBB (Fédération Guinéenne de Basket-Ball), Babila et de Saifoulaye, conseiller à la Primature.
En 2024, nous avons sélectionné encore plus d’équipes, passant de six à huit villes de Guinée. Cette fois, la compétition a duré sept jours, avec 800 paires de chaussures et 2 000 maillots distribués, grâce à l’appui de l’actuel Premier ministre Bah Oury, par le biais de Saifoulaye.
À la même occasion, nous avons fait un don de ballons et d’équipements à l’ASFAG au Camp Alpha Yaya, un autre don, lors de la coupe nationale de football (équipements complets pour les trois finalistes), un don de 20 ballons à Kindia, de 40 ballons à Mamou, et de 20 ballons pour chacune des huit villes ayant participé au tournoi de Labé.
Guineenews : Et pour cette année 2025 ?
Aguibou Diallo : Pour 2025, nous avons prévu la venue du coach Angelos Tsamis pour un camp de quatre jours, destinés aux U16 et aux entraîneurs guinéens, dans le cadre des préparatifs de la Coupe d’Afrique des U16 à Kigali (Rwanda) en septembre, avec l’appui de la FGBB.
En juin 2025, nous avons créé l’association BASKET-BALL POUR TOUS. Cette année, nous prévoyons de distribuer 2 000 paires de chaussures, 5 000 maillots, deux paniers modernes, ainsi que des médicaments et des accessoires de sport.
Guinéenews : Quel est votre regard sur l’évolution du basket-ball en Guinée ?
Aguibou Diallo : Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais c’est la Guinée qui est championne d’Afrique U16, c’est-à -dire chez les joueurs de moins de 16 ans. De plus, notre équipe nationale a été éliminée en match de barrage cette année, face au Mali, qui a même joué la finale. Nous avons donc du potentiel, et je suis sûr qu’avec un peu de courage, le basket rapportera beaucoup de trophées à la Guinée.
Nous avons de très bons joueurs qui sont reconnus à travers le monde. Par exemple, l’équipe de Dabola et l’équipe de Mamou sont de très bonnes équipes.
Guineenews : Pour finir, un appel ou un message aux acteurs du basketball guinéen ?
Aguibou Diallo : Je leur dirais que le basket est, avant tout, un sport d’intellectuels, tout comme les autres sports. Je leur demande donc de privilégier les études. Les études d’abord, car, c’est la base. Le basket peut vous envoyer en Europe gratuitement avec une bourse qui vous permettra d’étudier et de jouer en même temps. Encore une fois, il faut étudier. Et je demande aux parents de ne pas décourager les jeunes qui veulent se lancer dans le basket.
Propos recueillis par Alaidhy Sow, Labé, pour Guineenews.org
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